Économie

La folie des glaneurs

Les temps sont durs, le prix des fruits et légumes continue d’augmenter et le portemonnaie diminue de plus en plus. Il existe un moyen de faire des économies : le glanage. Même si cela est presque en désuétude, le glanage existe en France depuis le 2 novembre 1554. En effet un édit royal autorisait le glanage « aux pauvres, aux malheureux, aux gens défavorisés, aux personnes âgées, aux estropiés, aux petits enfants. Sur le terrain d’autrui, il ne peut s’exercer qu’après enlèvement de la récolte, et avec la main, sans l’aide d’aucun outil ». De nos jours, le code civil, à l’article 520, le décrit ainsi : « les récoltes sur pied sont des biens immobiliers, et que les fruits et restes tombés sont des biens meubles ».

Le glanage reste néanmoins toléré, sauf en cas d’arrêté municipal contraire, s’il est fait de manière diurne et sans outil. Il ne doit pas être confondu d’autres pratiques qui sont, elles, interdites et illicites : le maraudage, le grappillage et le râtelage. Le premier est le fait de voler des fruits ou des légumes alors qu’ils ne sont pas encore au sol ; le deuxième est le fait de récupérer sur les arbres fruitiers alors que ceci pourrait constituer une seconde récolte ; et le troisième est le fait d’utiliser un râteau ou tout autre outil pour ramasser sur le terrain d’autrui. Ces trois pratiques sont donc illicites comme le glanage de manière nocturne ou la récolte dans un champ fermé. Mais le mieux reste néanmoins quelque soit le type de champ de demander à l’agriculteur.

Mais hier, j’ai découvert avec stupeur la récupération de cette pratique gratuite, ancestrale et ouverte à tous par le CCAS de Grande-Synthe. Ainsi, depuis l’année dernière, à la suite d’un accord avec un agriculteur à proximité les personnes bénéficiant du RSA peuvent soit disant glaner. Soit disant, car par exemple lors d’un reportage par Le Phare dunkerquois, lors de la première année une femme « s’affair[e] avec [son] râteau ». Or, cette pratique est du râtelage et, comme je l’explique au dessus, c’est interdit par la loi. La question vient alors de la légalité de cet accord. Sinon la démarche est intéressante, dommage qu’elle ait été récupérée pour se faire de la publicité.

Le glanage devient également urbain. À la fin de marchés, certains commerçants laissent le restant de marchandises qu’ils ne veulent pas ramener à même le trottoir. Il est donc possible de les ramasser. Si bien qu’à Lille, un homme a lancé la « tente des glaneurs ». Des « collaborateurs bénévoles » glanent et donnent gratuitement les récoltes et les restes des marchands le dimanche après le marché de Wazemmes. Chacun y trouve leur compte, les marchands n’ont pas la concurrence de cette tente et peuvent leur donner car s’ils jettent, ils peuvent être taxés. Selon une étude menée par le Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie (Cerphi) en 2009, le glaneur français n’a pas de profil-type. Ce peut être un homme comme une femme, un jeune comme une personne âgée voire entre les deux. Certains en ont une approche plutôt positive de la pratique, la considérant comme « une optimisation des ressources disponibles ».

Rural ou urbain, tous avancent que cela permet d’éviter le gaspillage. N’oublions pas que pour cette année depuis le 18 août, la planète vit à crédit. Les habitants de la Terre ont donc consommés l’équivalent des ressources naturelles que peut produire la planète en un an. Mais attention, parfois pour certain, gratuit veut dire excès. Et vous que pensez-vous du glanage ? En faites-vous ?

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Une réflexion sur “La folie des glaneurs

  1. Pingback: Gaspillage alimentaire : la vérité est ailleurs | Société de Thibault

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