Société

AdopteUnMec.com : sexisme, humiliation et plan cul

À la suite de mon premier article, « AdopteUnMec.com adopte une stratégie de communication ingénieuse », Jerome Giusti a publié un article « AdopteUnMec.com entre signe des temps et inégalités sexuelles ». Brièvement, pour plus de détails je vous invite à lire l’article, l’auteur s’étonne qu’aucune association se soit mobilisée contre ce site.

Les deux auteurs AdopteUnMec (AUM) du site, qui ne sont pas des femmes et donc non plus des féministes, ont entendu au cours d’une soirée des amies se plaindre de difficultés d’être une femme sur un site de rencontres (voir par exemple « mon » expérience au cours de tchatche.com : « Tchatche.com, tu suces ? »). Sûrement au cours d’un brainstorming, les deux hommes ont du chercher une idée de site pour que les femmes aient le pouvoir de choisir les hommes qui leur plaisent. Je ne connais pas vraiment le côté féminin du site, et encore moins durant la première version. Néanmoins avec l’ouvrage de Zuber et de De Isnards me permet de dépoussiérer la version 1. Le titre du chapitre « Karen consomme les mecs » donne le ton. La demoiselle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas : « Pas que ça à faire ma biche, je fais pas dans le social sexuel ! ». En gros, on baise ou tu te casses. Puis, dans le chapitre suivant « Un mec consomme Karen », le titre est encore révélateur. L’homme lui a fait l’amour, puis c’est lui qui s’est cassé sans dire mot. Si bien qu’au chapitre suivant « Avatar », Karen se venge de lui en créant un faux profil. C’était au temps où AUM n’était qu’un « site de rencontres pour relations non durables, même si certaines durent » dixit ce même ouvrage. Les auteurs ne sont pas choqués que l’homme soit relégué en tant qu’objet. Ils appuient même le site en disant que Karen est « une jeune femme d’aujourd’hui » et que « c’est elle qui mène le jeu ».

Après avoir fait chou blanc en 2011, le site fait parler de lui en 2012 en lançant la boutique éphémère. Des centaines d’article de presse en parle. Les gens et les blogs en parlent également. D’un côté les hommes comme ceux du blog Au masculin posent la question : « Que pensez-vous du site Adopteunmec.com ? » En plus du site, ils se plaignent également de ladite boutique à Paris. Ils reprochent au site son côté « sale » voire « humiliant » pour l’homme. Propos confortés par Osez le féminisme dans l’article « Adopteunmec : l’inversion des rôles ? Mon oeil ! » par la phrase « une apparente dévalorisation des hommes, présentés comme des sous-êtres peu évolués ». Cependant l’auteure va plus loin en disant aussi que le site ne dessert pas non plus la cause féminine. Je ne vais pas tout citer, l’article est suffisamment long. Mais pour résumer, elle avance que le site et son concept ne met pas à égalité l’homme et la femme. Même si d’un côté le site propose « une alternative et un moyen pour les femmes d’être épargnées par la drague lourde ». Néanmoins les deux blogs s’accordent à dire que le site sert pour trouver un plan cul. Finalement, le concept n’a pas changé depuis la première version.

Pour dénoncer le « discours sexiste et hétéronormatif », le site AdopteUnNègre a été créé en mai 2013. Rapidement certains disent que c’est une fausse bonne idée. Je pense que le concept voulait certes choquer, mais aussi retranscrire le site dans un côté plus colonial, plutôt penché sur l’esclavagisme. La personne de couleur de peau différente vendu comme un objet ou comme un animal, comme cela se faisait lors des ventes d’esclaves. Sauf que là, en plus, ce n’était pas le client qui paye, mais le produit. Néanmoins, pour prendre la défense du site, il existe également des boîtes de nuit où les personnes de sexe féminin ne payent pas l’entrée ou payent moins cher l’entrée que leurs congénères mâles. Ces boîtes de nuit sont elles sexistes ? Non, il s’agit simplement d’un moyen de communication pour attirer plus de demoiselles et donc plus d’homme et donc plus d’argent.

Mars dernier, lydieraer, une demoiselle, si j’ai bien compris, en fauteuil roulant, atteinte des os de verre explique dans son article « En immersion chez Adopteunmec : mission plan cul », être à la recherche d’un coup d’un soir. Elle explique que « dans 70% des cas environ, le handicap refroidit les ardeurs de ces messieurs ». Témoignage poignant à lire. Car, oui, quand tu dis à quelqu’un après avoir bien discuté « En fait non, y a ceci qui ne va pas chez toi, et ça me rebute » ; l’autre derrière a aussi un petit cœur qui bat.

Pour achever ce second (pas deuxième, je ne pensais déjà pas en faire deux, alors un troisième) article sur AdopteUnMec retenons plusieurs points. Primo que le site semble être un site pour des plans cul, personnellement, c’est comme ça qu’on me l’a vendu, c’est comme ça qu’il est vu en 2011, en 2012, en 2013 et en 2014. Secundo que le site a gagné 575 % de chiffre d’affaires entre 2011 et 2013 ; c’est donc que pour monsieur et madame Toutlemonde, le site ne semble pas plus choquer que ça, sinon malgré une communication, personne n’aurait été sur le site. Tertio que le site a été élu en décembre dernier : « Site le plus populaire 2013 » dans la catégorie rencontre. L’article « Adopteunmec élu site le plus populaire de 2013 » de Pauline Laggoun pour We Com’in propose le site comme « Féminin sans être féministe, le succès de la marque s’explique tout d’abord par sa nature décomplexée et décalée ». Quarto, oui AUM est avant tout un site décalé. Si on enlève le côté « supermarché » (vu le nombre d’utilisateur, ils devraient se nommer « hypermarché » maintenant), le site permet aux femmes d’avoir le pouvoir, sans rentrer dans le stéréotype. Elles peuvent choisir qui elles veulent, discuter et ne plus discuter avec, ce qui est différent de plein d’autres sites de rencontres où n’importe qui peut parler avec n’importe qui. Au final, c’est à se demander pourquoi j’y suis.

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Communication

AdopteUnMec.com adopte une stratégie de communication ingénieuse

Depuis quelques jours, sur la page Wikipédia du site de rencontres AdopteUnMec, un employé de l’entreprise défend bec et ongle qu’il faille détailler le plan de communication du site. Quelle en est la possible raison ? Tentative de réponses.

AdopteUnMec est un site de rencontres créé en 2007 par Manuel Conejo et Florent Steiner. A une soirée au détour d’une discussion, les deux hommes entendent les filles se plaindre des sites de rencontres où elles sont envahies de messages lourds envoyés par des jeunes hommes surtout en manque de cul (voir « Tchatche.com, tu suces ? »). Les deux hommes décident de lancer leur site adopteunmec.com où les hommes ne sont que simples produits, des  « hommes-objets à câliner » et le femmes sont les clientes faisant leur shopping. Alexandre des Isnard et Thomas Zuber dans leur excellent ouvrage Facebook m’a tuer (sic) parlent de  « consumérisme amoureux ».

Le livre met en lumière une partie que l’employé du site ne souhaite pas mettre en avant sur Wikipédia. Le livre a été édité et publié avant la version 2 du site. Et dans la partie Sexo, on demandait la position favorite et les pratiques sexuelles de la cliente. Il est vrai que pour débuter une conversation sereinement, il est indispensable de savoir cela. Maintenant, après plusieurs versions, les deux questions de la partie Sexo ont disparu. Le livre raconte la vie d’une demoiselle accro au site de rencontre, se nommant Karen. En quelques clics, elle fait son cybermarché, en choisi un, prend son MSN (ancêtre ou cousin lointain de Skype) ou son numéro de téléphone. Après s’être donné rendez-vous, la demoiselle sait ce qu’elle cherche (et ce qu’elle ne cherche pas), puis quand elle a trouvé. Je vous donne la suite en mille. C’était un peu ça l’esprit du site : l’aventure sans lendemain. Je ne sais pas si les plans culs ça rapporte, mais d’un coup le site change de stratégie. En novembre 2011, pour lancer leur version 2, le site se met à faire de la publicité. Les deux seuls spots que je me rappelle, c’est la parodie de journaux télévisés économiques. Du fait que leur slogan était : « hommes-objets à câliner », ils avaient eu idée de parler d’une sorte de cours de la Bourse du roux, du barbu, ou du tatoué par exemple. Mais, même s’il y avait déjà le côté décalé, je ne pense pas que la com’ a été un succès. Vu que leur cœur de cible est plutôt les 18-30, je ne pense pas que ça soit les plus passionnés de la Bourse et de BFM TV.

Puis 2012, ils ont eu trois coups de génie. Ils ont recruté Lucienne, une ancienne reporter du Petit Journal de Canal+ en parodiant cette fois-ci les produits de luxe ou de cosmétique. On retrouve ainsi une personnalité connue et reconnue par les jeunes dynamiques (CSP+) et une parodie de produit de cosmétique, des produits principalement pour les demoiselles. Le site a également fait un partenariat avec MadmoiZelle.com, un magazine féminin en ligne. Ensemble, ils ont créé le Top 100 des mecs à adopter ; ensemble, ils gagnent en visibilité en invitant les jeunes femmes d’un site vers un autre. Mais, le coup de maître c’est la « boutique éphémère ». Située dans la Crèmerie de Paris (qui accueille des événements éphémères), le site met en place une version physique de son site. On y trouve plusieurs sortes d’hommes-objets et les femmes peuvent y faire leurs emplettes. Buzz et succès garantis. Et sûrement de nouvelles clientes, qui incite les hommes à s’inscrire (et à payer). Si bien que le chiffre d’affaires du site était de 2,8 millions d’euros en 2011 et de 16,1 millions d’euros en 2013 ; soit une hausse de 575 % en deux ans. Cette année, ils ont fait un partenariat avec BHV afin de reproduire une fabrication d’hommes-objets.

Finalement, l’entreprise n’est qu’à ses débuts. Elle n’a pas vraiment une histoire très longue. La seule chose sur laquelle, elle peut écrire un article, c’est sur sa communication. Elle n’a pas vraiment grand chose à vendre, elle n’a pas vraiment beaucoup d’années (ni d’années comptables). Mais Wikipédia est souvent un des premiers liens quand on fait une recherche sur une entreprise, alors autant tenter de la mettre à son image. Ce qui n’est pas toujours évident.

A titre personnel, je suis sur le site AdopteUnMec depuis quelques années, après qu’on m’en ait parlé. J’y ai fait quelques connaissances (malgré le fait que je n’ai pas toujours gardé contact).

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