Société

La « nouvelle » braderie de Lille

Rappelez-vous. Avec les attentats qui ont eu lieu en France et plus particulièrement à Nice le 14 juillet 2016, la mairie de Lille avait décidé de supprimer la braderie pour cette année-là. Stupeur et tremblement ! Tout le monde s’indignait de voir que la braderie pouvait être annulée à cause des terroristes. Un an plus tard, la mairie de Lille y met les moyens. Bloc de béton, nouveau périmètre de la braderie, de nombreux renforcements de police et exclusivement, voire majoritairement des vendeurs lillois. Martine Aubry, la maire de la ville, a souhaité remettre la famille au centre de la braderie en lui rendant un caractère « plus authentique ». À ce changement, nouvelles indignations : j’ai lu sur les réseaux et médias sociaux de nombreux commentaires sur cette nouvelles versions de la braderie. Je vais vous en citer quelques uns pêle-mêle (j’ai aussi corrigé les fautes) : « Rien à voir avec les précédentes, ce n’est même plus une braderie. Bien déçu de ce changement, c’était bien mieux avant, [où] il y avait de tout pour tout le monde. »,  « Braderie de Lille triste, pas beaucoup de commerçants, pas d’animation. Où est notre braderie qu’il y avait avant ? »

Grosso modo, les commentaires disent que c’était mieux avant. Avant ? Avant quoi, cependant ? Je pense que c’est comme ça qu’ils veulent dire, mais avant l’édition de 2016 annulée. Mais c’est quoi pour eux, l’esprit de la braderie ? Lille le disait dans son affiche pour le renouveau : « incontournable depuis 1127 ». 1127, je le disais déjà il y a trois ans, c’est la date de la première trace écrite de l’événement. Pas de la première braderie. Ainsi, je le rappelle, nous sommes en 2017, soit 890 ans plus tard. Et en bientôt neuf siècles ; la braderie a vécu de nombreux changements.

Alors bien sûr, je laisse aux historiens l’évolution de la braderie de Lille. Savoir comment et pourquoi la braderie est passée de neuf jours à un, pour maintenant être le premier week-end de septembre. Je ne saurais pas dire. Mais dans les années 1850, le chansonnier lillois Alexandre Desrousseaux, notamment connu pour la chanson du P’tit Quinquin sort un recueil de chansons intitulé Chansons et pasquilles lilloises. Dedans se trouve la chanson appelée sobrement « La Braderie ». Au détour d’un vers, l’auteur a mis un petit (I) pour un note se rapportant à Watteau. La note explique qui est Watteau et est ainsi : « Nous devons à Louis Watteau […] deux tableaux : La Procession de Lille et La Braderie. Pour les Lillois ces toiles ont un mérite incontestable : celui de perpétuer le souvenir de deux fêtes locales dont l’une est éteinte et dont l’autre n’existe plus qu’en parodie. »

Parodie ? Rien que ça ? Et non, d’autres auteurs se plaigne de voir l’esprit de la braderie se dégrader. En 1861, un autre auteur écrivait dans un livre : « Le vrai Lillois aime la Braderie, et gémit de voir cette coutume, cette fête s’amoindrir chaque année ». Un autre auteur fait la même remarque mais argumente en disant que « L’esprit de spéculation a transformé cette fête originale. Autrefois on n’y vendait que des objets vieillis, usés, c’est-à-dire bradés, d’où la fête a tiré son nom. De nos jours les vieilleries sont évincées par de la marchandise neuve. »

La version proposée par la mairie de Lille était celle se voulant se rapprocher de la braderie de Lille d’avant la première mondialisation. Il ne s’agit pas non plus de laisser les domestiques vendre les anciens vêtements des maîtres, sinon il n’y aurait plus personne. Mais redonner le cachet perdu de la braderie d’antan.

 

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