Politique, Société

Kamoulox territoriale : quand une réforme devient un jeu

1790, la France est découpée en 83 départements ; finies les provinces historiques. Fini les noms faisant part de l’histoire de la France, on nomme les départements par rapport aux fleuves, aux montagnes et aux paysages. L’Oise est traversée par l’Oise, les Bouches-du-Rhône sont les embouchures du Rhône, le Finistère est la fin de la terre. Au fil des années, durant la révolution française et les conquêtes napoléoniennes, la France gagne des territoires. Dans l’actuelle Belgique, par exemple, la province de Flandre-Occidentale devient le département de la Lys, dans l’actuelle Espagne, la Catalogne est divisée en quatre départements : Sèvre, Ter, Bouches-de-l’Èbre et Monserrat, dans l’actuelle Italie, il y avait les départements du Tibre, d’Arno et de la Méditerranée entre autre, enfin dans les actuels Pays-Bas, il y avait entre autre les Bouches-du-Rhin, la Meuse Inférieure, puis dans l’actuelle Allemagne, il y avait les Bouches-de-l’Elbe. Ainsi, on remarque que les noms identitaires ont ainsi disparus pour donner des noms sur la géographie locale, afin sûrement de fédérer vers la France et non sur les anciennes provinces.

1982, Gaston Defferre créé les régions. Après de nombreuses possibilités, c’est le découpage à vingt-deux régions qui est choisi. En 1948, les Inspecteurs généraux de l’administration en mission extraordinaire avaient proposé un découpage en treize régions, appelées à l’époque les igamies. À y regarder de plus près, ce découpage ressemble, mais pas totalement, au découpage proposé par le gouvernement Ayrault, vu que ce dernier ne souhaite pas découper les régions actuelles. En effet, le président de la République de l’époque Nicolas Sarkozy a demandé « d’étudier les mesures propres à simplifier les structures des collectivités locales, à clarifier la répartition de leurs compétences et à permettre une meilleure allocation de leurs moyens financiers, et de formuler toute autre recommandation qu’il jugera utile ». Pour cela, il a fait appel à l’ancien premier ministre Édouard Balladur qui préconise de diminuer le nombre de région pour qu’ils aient une « taille européenne ». Les onze grandes villes (de province), Lyon, Lille, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Nice, Strasbourg, Rouen, Toulon et Rennes sont retenues comme « métropoles ». De nombreuses voix s’élèvent, de la part des opposants, ceci se plaignent que du fait que les départements et les régions sont majoritairement à gauche, Sarkozy souhaite diminuer leur nombre.

2012, François Hollande devient président de la République française. Avec un détricotage de la présidence de Sarkozy, dont la fin également du conseiller territorial, remplaçant le conseiller général et régional. En 2014, coup de revers, François Hollande souhaite en diminuer le nombre. « Le temps est venu de donner une forme nouvelle à cette ambition. Parce que notre organisation territoriale a vieilli et que les strates se sont accumulées. […] Pour les renforcer, je propose donc de ramener leur nombre de 22 à 14. Elles seront ainsi de taille européenne et capables de bâtir des stratégies territoriales. […] L’objectif doit être une révision constitutionnelle prévoyant la suppression du conseil général en 2020. » Cela ne te rappelle rien ? Pour justifier leur mécontentement, certaines voix toujours du même bord politique se sont élevés. Martine Aubry a ainsi dit : « On n’est pas en train de faire du Monopoly ou jouer à Sim’s City. On touche aux origines de chacun ».

Personnellement, on peut se demander de quelles origines elle parle. À Lille, elle est Lilloise, Flamande, Nordiste, Nord-Pas-de-Calaisienne, Française, Néerlandaise, Espagnole ou Bourguignonne ? Et je ne remonte pas jusque la Gaule belgique. Personnellement les origines d’un Lillois, ce n’est pas le Nord-Pas-de-Calais (souviens-toi qu’il a 31 ans). Si la France avait conservé les départements de l’Escault ou de la Lys, ceux-ci auraient pu être rassemblés sous un nom de région comme Flandre. Et le Pas-de-Calais avec la Somme et l’Aisne. Parce que rappelons pour certains qui l’auraient oublié, comme je peux le lire en commentaire, sur Facebook. Pour eux, « il ne faut pas mélanger les Picards et les Nordistes », ils font à l’absurde en écrivant « Et pourquoi pas fusionner avec le PACA ». Souviens-toi Boulogne-sur-Mer est à l’origine picarde. Ainsi pour ma part, il ne faudrait pas découper par région ou par département, mais bien par arrondissement, voire encore plus fin. Car pour l’Oise, elle n’est pas proche de Lille, mais de Paris, pareil pour Château-Thierry qui sont de l’historique Île-de-France. Ainsi pour ma part, quelque chose qui me semblerait logique, ce serait de regrouper sous la « métropole » lilloise, l’ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et Lille Métropole Communauté urbaine. Exit les départements, exit la pseudo limite départementale sans aucun intérêt. Cette métropole urbanisée de plus de deux millions d’habitants n’aurait plus besoin du département qui est souvent dite comme pour les communes rurales et pourra se développer sur le secteur tertiaire. Les autres communautés urbaines des anciens départements pourraient se nouer ensemble. Par exemple, un département Côte d’Opale sur la façade maritime et un autre Artois-Hainaut sur grosso modo d’Arras à Maubeuge. Le premier serait plutôt sur l’économie maritime, le second sur l’agriculture. Voire même que ces départements s’étale sur l’actuelle Picardie. Et je pense que cela peut se décliner pour d’autres grandes communes. Être en paix ne signifie pas immobilisme et l’histoire est vivante. On est au XXIe siècle, avant les départements, il y avait autre chose ; mais on apprend pas à l’école l’histoire des administrations territoriales.

Pour la fusion des régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie, plusieurs maires UMP et UDI du Nord-Pas-de-Calais souhaitent nommer la nouvelle entité : « Hauts de France ».  Même si le nom leur est louable, la nouvelle région sera bien en haut de la France. Il y a un côté valorisant en disant que la région est en haut, ce qui pourrait sous-entendre en hauteur, donc les premiers. Ils assurent que « la région des « Hauts de France » sera ainsi un véritable trait d’union entre l’Europe du Nord et le Grand Paris. Irriguée économiquement par le plus grand canal fluvial d’Europe, elle tiendra le premier rôle national, voire européen, dans les domaines de la mobilité, de l’innovation technologique, de l’agro-alimentaire, ou encore de la mutation durable ». Il est néanmoins dommage de se passer des noms historiques, qui peuvent être rassembleur. Ce que prouve un sondage du DailyNord, où le nom « Flandre(s)-Artois-Picardie » est en tête avec 350 votes, soit 24 % contre 5 % pour « Hauts de France ». Personnellement, j’ai voté « Belgique méridionale / Basse Belgique », pour l’histoire commune qu’on a avec la Belgique et les Pays-Bas, même si j’aurai préféré Belgique française. Ceci étant gare à la confusion.

Et dire que ceci n’est que pour un seul rapprochement…

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Rythmes scolaires : tout le monde doit suivre la cadence

Depuis la rentrée 2014, les écoles primaires (élémentaires et maternelles) doivent appliquer la n-ième réforme des rythmes scolaires. Après avoir été à l’école durant quatre jours en 2012, tous les enfants doivent aller à l’école quatre jours et demi. Les quatre jours sont donc le lundi, le mardi, le jeudi et le vendredi. Puis la demi-journée est soit le mercredi matin, soit le samedi matin, au choix du maire. Benoît Hamon a lancé la réforme, mais à la suite de sa fronde au gouvernement, celui-ci a été éjecté du gouvernement juste avant la rentrée. Il s’agit depuis les années 1960, du premier ministre de l’éducation qui ne fait pas sa rentrée avec ses écoliers. Najat Vallaud-Belkacem reprend son portefeuille ministériel et soutient dans un journal télévisée : « cinq matinées, c’est mieux pour apprendre à lire, écrire et compter. » Elle est tellement sûre d’elle qu’elle organise une fois par mois un « café des parents » au ministère de l’Éducation nationale afin de recueillir les avis de parents qui « venaient d’établissements très différents ». Avec la remise de la carte scolaire, je m’étonne qu’il y ait encore des « établissements très différents ».

Aucune heure n’est modifiée pour l’enfant. Ainsi celui-ci a toujours une semaine de 24 heures de classe (maximum). Cependant, les heures de cours sont principalement le matin car il s’agit d’un « pic de concentration ». Et donc une matinée de plus, c’est une apprentissage de plus durant ce « pic de concentration ». Car durant la semaine de quatre jours, les enfants français étaient ceux ayant le moins de jours de cours dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : 144 jours contre 187 jours en moyenne.

Lorsque j’allais à l’école primaire entre 1992 et 2000, j’avais école les lundis, mardis, jeudis et vendredis hebdomadairement, puis le samedi matin, il me semble, trois fois sur quatre. Cependant, il n’y avait pas d’activité périscolaire obligatoire ou payante. La seule dont je me souviens, c’est la classe verte en seconde année de cours moyen (CM2), il me semble, où certains (bons) élèves étaient encadrés par un(e) instituteur/trice ou un(e) animateur/trice. Le matin, une heure avant l’heure de début des cours, il était possible à certains parents de déposer leurs enfants afin de leur facilité l’accès.

Cependant la réforme est-elle faite pour les enfants ou pour autre chose ? Ainsi, la pédiatre Hélène de Leersnyder explique qu’« il y a encore des ajustements à réaliser mais, globalement, je trouve qu’il s’agit d’une très bonne réforme. Le nouveau calendrier respecte mieux le rythme biologique de l’enfant. » Les enfants ne sont pas plus fatigués et parmi les ajustements, elle trouve que le samedi matin serait une meilleur idée cependant « ça aurait été trop compliqué, on ne peut pas demander aux parents de se lever un jour de plus dans la semaine. Le mercredi, c’est plus simple. » Les rythmes scolaires sont donc pour les parents, quoi que des parents se lèvent et travaillent le samedi. On a beaucoup entendu les pédiatres qui étaient pour, mais aucun instituteur n’a été entendu. Qu’en pensent-t-ils ? Car bien avant les pédiatres, ce sont les premiers concernés.

Tout en sachant que « les enfants adorent être à l’école  (…). Ils adorent retrouver leurs copains, les cours de récré », comme le dirait le pédopsychiatre Marcel Rufo sur le site gouvernemental vantant la réforme ; que l’attention maximale se situe entre 9 h 30 et 12 h, selon Hélène de Leersnyder ; que le décret du 24 janvier 2013 relatif à l’organisation du temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires prévoit la mise en place d’une semaine scolaire de 24 heures d’enseignement réparties sur 9 demi-journées. Pourquoi la semaine de cours ne s’étale pas du lundi au samedi ? Il y aurait donc quinze heures de cours où l’attention maximale est requise. Neuf heures resteraient donc à utiliser hors de ce moment d’attention maximale.

Économiquement, il faut payer les animateurs complémentaires, même s’ils sont incompétents et recrutés par cooptation. L’État, même s’il cherche à faire des économies, a ouvert un « fonds d’amorçage » de 250 millions d’euros. Les municipalités qui ont mis en place la réforme à la rentrée 2013 perçoivent 50 euros par élève, 90 euros dans les zones en difficulté. Cependant pour certaines écoles ce fonds n’est pas suffisant. Il faudra ainsi que certains parents payent pour des activités médiocres. J’espère exagérer mais je ne peux pas comprendre qu’une commune fasse payer les parents « plus aisés » pour jouer à la marelle surtout que c’est eux également qui payent les impôts locaux, utiles pour faire fonctionner l’école primaire. Tous ou aucun, l’école est là pour faire apprendre l’égalité et doit être égalitaire.

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